Après la sortie de FranceBitume ce 25 janvier, voici
l'occasion pour moi de vous présenter les grands
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Chronique sur Le silence de ma mère
d'Antoine Silber publié chez Denoël
wwww.lelitteraire.com/article-4805.html
Depuis plusieurs années, les humoristes français évoquent tous de manière
comique voire satirique différents types de sujets : sociaux, politiques, religieux, historiques. Suite à cet élargissement des thèmes humoristiques, une question émerge de
manière récurrente : peut-on rire de tout ?
La réponse est complexe et tout sauf manichéenne : on peut rire de tout sauf...
« Pourquoi peut-on rire de tout sauf de la Shoah ? » s’indigne Dieudonné en février 2005 lors d’une conférence à Alger. « Pourquoi se moque-t-on des esclaves noirs exploités par les Blancs et ne peut-on pas en faire autant avec les déportés de l’Holocauste ? » s’interroge-t-il. « Il s’agit du lobby juif qui contrôle les médias. Et les Juifs n’aiment pas qu’on se paye leur tête » reprend-il en soliloquant devant le peu de journalistes qu’il intéresse.
Le meilleur moyen de prouver que le « lobby juif » n’est pas responsable de la susceptibilité nationale à l’égard de l’humour sur l’holocauste serait de faire un sketch sur le génocide rwandais de 1994, sur les conflits au Darfour ou sur la catastrophe du 11 Septembre 2001. Le scandale serait considérable, et les sketchs ne feraient rire personne. Au même titre que Dieudonné jugé pour ses blagues antisémites, l’auteur des sketchs serait blâmé de toutes parts.
Pourquoi ? Précisément parce que la période entre la catastrophe et sa satire est trop courte, parce que la catastrophe est trop actuelle. Parce que des gens encore vivants ont été directement confrontés à l’événement par l’intermédiaire de proches qui l’ont vécu, et pour certains qui y ont laissé leur vie, ou pis, parce qu’ils l’ont eux-mêmes vécu.
Le fait que des milliers de Français aient été envoyés dans des camps de concentration ou d’extermination, et y aient perdu leur famille, que certains aient vécu l’Occupation et aient dénoncé des Juifs sans trop savoir ce qu’il leur arriverait, que d’autres s’en veulent d’avoir été passifs, et qu’encore d’autres aient risqué leur vie pour cacher des Juifs, montre, par leur relation directe à la Shoah, qu’elle est pour l’heure incompatible avec l’humour.
L’Holocauste est trop actuel, les Français y sont sensibles car ils sont confrontés directement ou indirectement à la mémoire de la Shoah. Proposez aux Perses un sketch en 510 avant J.C, trente ans après la bataille de Salamine, sur les massacres de cette guerre. Proposez aux Français un sketch sur la bataille de Waterloo en 1825, dix ans après la défaite contre les Anglais et la Prusse. Ni les Perses ni les Français ne riront, parce que le sujet est trop actuel, parce qu’ils y sont confrontés trop directement, parce que le thème est trop sensible.
En outre, tourner la Shoah en dérision est d’autant plus délicat que l’Etat français a livré de lui-même des Juifs aux Nazis pour les diriger vers les camps de la mort. La reconnaissance officielle de la collaboration française par l’ancien Président de la République Jacques Chirac ne date que de 1995. La période Vichyssoise est donc à oublier le plus rapidement possible pour le gouvernement et la population puisque les actes de la milice française sont allés à l’encontre des droits de l’Homme.
Cette période est extrêmement sensible : pour ceux qui ont honte, pour ceux qui sont coupables, pour ceux qui ont souffert, et pour ceux qui souffrent encore.
« Peut-être que dans cinquante ans, dans cent ans ou dans deux-cent ans, on pourra rire de la Shoah comme on rit aujourd’hui de l’esclavage, mais pas avant, car il faut pour cela que le temps passe, et que les victimes disparaissent » témoigne Betty, rescapée d’Auschwitz.
Le seul impératif est de ne jamais oublier, parce que l’histoire est cyclique, et que l’oubli implique la légitimité d’un nouveau génocide. Déjà que même sans oublier, les génocides se répètent : le Rwanda, le Darfour, et bien d’autres…
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